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Le Mans Racing : Don,
comment en êtes-vous venu à vous intéresser au sport automobile ?
Don Panoz : C’est à cause de
mon fils Daniel ! Un jour, nous avons parlé de son avenir. La discussion
a débordé sur le monde de la course. Dany m’a alors dit : « mais
pourquoi ne construirions-nous pas notre propre voiture pour ensuite la
commercialiser ? ». C’est comme ça qu’en 1992, notre roadster V8 est
né. Moi-même, à 18 ans, j’aimais pas mal les voitures. J’adorais
conduire sacrément vite mon cabriolet Mercury ! Que ce soit dans les
rues d’Indianapolis ou lorsque je filais en Europe : du côté de Barcelone
ou encore en Irlande. Ensuite, j’ai eu un tas d’autres autos. Mais la voiture
qui me faisait vraiment fantasmer, c’était la Porsche ! La 356 exactement !
Alors, les autos, j’en étais quand même sacrément accroc ! En fait, tout a
basculé en février 1996. En discutant encore avec Daniel, je lui ai dit : « Et
toi, pourquoi tu ne te mettrais pas à fabriquer une vraie voiture de course
? » Et lui m’a rétorqué : « Dis donc, pourquoi tu ne le ferais pas toi-même
?... » J’ai relevé le défi. C’est comme cela qu’est née le coupé Esperante,
puis celle que vous avez surnommée après, la « Batmobile ».
Le Mans Racing : Mais
pourquoi avoir construit une telle voiture, aussi originale ?
Don Panoz : Tout simplement
parce que je la voyais comme cela dans ma tête ! Franchement, je n’ai
aucune expérience ou vision de ce que doit être techniquement une
voiture de course. Tout simplement dans ma vie, je n’ai toujours conduit
que des voitures à moteur-avant et pour moi, toute voiture digne de ce
nom devait forcément avoir le moteur à l’avant. Contrairement à ce que
certains ont écrit, il n’y avait pas de volonté délibérée de rompre
techniquement avec ce qui se faisait déjà normalement, dans le seul but
de vouloir se distinguer, de créer une voiture étonnante et originale.
Quand nous avons sollicité Adrian Reynard pour dessiner l’auto, je lui ai
donné cette consigne. Il l’a magistralement dessinée, puisque malgré
les septiques, cette auto a remporté pas moins de sept courses ! Et
quand vous me dites que cette « Batmobile » est une auto sympa et que
les passionnés, « accros des Protos », l’ont tout de suite adoptée, cela
me touche. C’est donc que cette auto leur a plu.
Le Mans Racing : Sa dernière
évolution du roadster, le modèle LMP07, vous donne quand même
quelques soucis !... (1)
Don Panoz : (avec une petite
moue significative ...) M’ouais ! Mettre sur la piste une voiture aussi
nouvelle dessinée par Andy Thornby (NDLR : nouveau châssis LMP07,
nouvelle boîte de vitesses transversale à 6 rapports - réalisée en
collaboration avec « X-Trac » - et surtout nouveau moteur V8 4 litres très
léger, construit en partenariat avec les ingénieurs de chez « Zytek »), cela
fait beaucoup à la fois ! Jusqu’ici, nous n’avons pas eu le temps de la
développer. Nous nous sommes présentés au Mans avec des voitures
qui n’étaient pas prêtes. Cela dit, c’est une situation qu’il faut savoir
accepter. Au moins pour un temps (2). Maintenant, à nous de nous
battre et de trouver les solutions pour la faire marcher, ceci afin de ne pas
décevoir nos supporters.
Le Mans Racing : Mais vous ne
vous êtes pas arrêté là. Vous avez également créé des compétitions.
Vous donnent-elles pleine satisfaction ?
Don Panoz : Oh que oui ! Mais
avant de répondre, je veux tout d’abord dire que le public aime les
voitures de sport ! Surtout les voitures de sports-prototypes et GT. Pour
quelles raisons ? Tout simplement parce que les jeunes peuvent
facilement s’identifier à un pilote conduisant ce type de voiture, à une
voiture identifiable, à un modèle ou une marque. Chose impossible en
Formule 1. Avant de m’investir dans le sport automobile j’avoue que je ne
connaissais rien. Trois noms seulement m’évoquaient quelque chose : «
Indianapo-lis », « Le Mans » et « Monaco ». Mais c’était « Le Mans » qui
me parlait le plus. Sans aucun doute grâce au film avec Steve McQueen.
Voilà aussi la raison pour laquelle l’endurance et les sports-prototypes
m’attiraient tout spécialement.
Le Mans Racing : Votre
conception de la course ?
Don Panoz : C’est un bon
spectacle. Cela forme un tout. C’est d’abord un plateau alléchant,
c’est-à-dire un ensemble de voitures variées et performantes. Ensuite, ce
doit être le spectacle en piste. Aussi, il y a le temps pour la course et un
autre pour satisfaire le public. Tout le monde devrait pouvoir venir au
paddock ! Tous les pilotes devraient se rendre disponibles pour pouvoir
signer des autographes ! Le sport automobile doit donc être comme les
autres sports : accessible. Un sport où l’on vient tout d’abord en famille !
Le Mans Racing : Venons-en à
l’ALMS ...
Don Panoz : Ah, oui ! L’ALMS
est en progression. Moi, ce que je retiens c’est d’abord une qualité de
plateau avec beaucoup de teams engagés. Et non des moindres. Ensuite
un réel public. Un seul exemple : imaginez vous que, cette année, nous
avons fait 192 000 spectateurs payants à Sebring ! Soit la plus forte
affluence qu’il y ait jamais eu sur le sol américain pour une course de
voitures sports-prototype et GT !
Le Mans Racing : Et pour
l’ELMS ?...
Don Panoz : Là, les choses
sont toujours plus compliquées. En Europe, rien n’est simple. Toutes les
tractations gravitent toujours autour de la politique. Mais là encore, les
faits plaident pour nous. L’an dernier, nous avons attiré au Nürburgring
pas moins de 33 000 personnes (NDLR : malgré ce jour-là, la présence
du froid et de la pluie), soit la plus grosse affluence pour un tel type de
course depuis 15 ans ans ! À Jarama, la même audience a été atteinte.
A Silverstone, on a fait 20 000 entrées. Et comme vous le savez : en
Europe, dès que l’on voit 3 000 personnes sur un événement, on se dit
déjà en soit que ce n’est, croyez-moi, pas mal. Alors, c’est donc un
succès. Mais chez vous, les organisateurs font une grossière erreur en
se regardant le nombril plutôt qu’en essayant de satisfaire leur public...
Le Mans Racing : Cela
concerne aussi Le Mans ?...
Don Panoz : (Silence prudent) :
Nous y voilà !... (Il prend sa respiration) Et bien, pour commencer je
préfère d’abord vous parler d’Indianapolis ! Là-bas, vous le savez mieux
que moi, la course dure seulement 3 heures et demie. Et bien, avec leur
sens du spectacle et du business, les organisateurs mettent en relief
l’événement pour qu’il se déroule pendant tout... un mois ! Et pendant tout
ce temps-là, les royalties tombent dans les caisses de l’Indiana ! Alors,
lorsqu’on sait qu’au Mans, la course dure 24 heures et que « l’événement
» lui-même ne dure seulement que sept petits jours, on peut se dire qu’il
y a sûrement des choses à faire. Alors Le Mans ? Il faudrait que cela dure
au moins quinze jours...! A coup sûr, l’épreuve gagnerait en prestige, en
retentissement médiatique et en profits monétaires. Mais cela n’est que
mon humble avis et n’enlève rien à la haute compétence sportive de
l’Automobile Club de l’Ouest.
Le Mans Racing : Mais vous
l’avez dit auparavant, cela est plus difficile à mettre en place chez nous...
Don Panoz : Oh que oui ! L’ACO
et les décideurs locaux sont en quelque sorte pris en otage entre le
public passionné du Mans et différentes contraintes. Soixante-neuf
éditions de la plus grande course d’endurance automobile du monde : ce
n’est pourtant pas rien ! Pour vous, en Europe, la tradition compte
beaucoup. Le fait que le circuit se soit maintenu sur son tracé originel,
une route ouverte à la circulation, est sans aucun doute la clé du succès
de l’épreuve. Le Tertre-Rouge, les Hunaudières, Mulsanne, Indianapolis,
Arnage, Maison Blanche : tout repose sur ces noms magiques ! Mais, en
revanche, lorsqu’il s’agit de mettre en place les bonnes infrastructures,
de vouloir les mettre en valeur au bon endroit, de vouloir faire plus grand,
de vouloir en faire plus : cela devient un terrible handicap ! Tout cela pour
vous expliquer que les meilleures idées ne collent pas forcément avec la
culture que les passionnés et les responsables se font de leur course !
Le Mans Racing : Vous-même,
vous aviez quelques projets sur le site manceau ?
Don Panoz : Les seuls projets
que j’ai eus, en vérité, on me les avait suggérés ! En fait, on m’a posé la
question, quant à savoir ce qu’éventuellement j’aurais fait si j’avais eu les
coudées franches. À ce moment-là, j’ai (un peu trop naïvement peut-être)
avancé quelques idées (3). Certains s’en sont habilement servis. C’est
vraiment dommage ! Car je n’avais pas d’arrières pensées. Là-dessus,
la presse s’en est emparé. Encore une fois, j’en suis désolé car cela m’a
mis dans une situation délicate à la fois vis-à-vis de l’ACO et des
décideurs politiques locaux.
Le Mans Racing : Sur quoi, vous avez maintenant remisé vos projets du
côté de Lodève ?...
Don Panoz : C’est exact, j’y ai
des projets (4). Mais cela n’a rien à voir avec ce qui a été évoqué sur Le
Mans. À Lodève, c’est complètement différent. Il n’est surtout pas
question pour moi de concurrencer le site manceau. En aucune manière.
Bien sûr, il s’agira de la création d’un circuit fermé. La Fédération
Française de Sport Automobile, qui veut développer davantage de circuits,
se dit intéressée. Reste qu’il ne faut pas précipiter les choses afin que
celui-ci plaise à tout le monde et soit mis sur les bons rails... l
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