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Paul Frère


Le 16 juin dernier, il a fêté ses cinquantièmes 24 Heures du Mans. Pilote, essayeur, journaliste pour des magazines automobile francophones, américains, japonais et même coréens : Paul Frère est considéré comme une référence dans le monde des sports mécaniques. À 84 ans, il nous livre ses expériences et son regard sur l’endurance. Interview.

Le Mans Racing : Quand est née votre passion pour le sport automobile ?
Paul Frère : J’ai assisté à ma première course à l’âge de 9 ans. C’étaient les 24 heures de Spa-Francorchamp en 1926. Et depuis je n’ai jamais décroché.
Le Mans Racing : Quel est votre souvenir le plus marquant des 24 Heures ?
Paul Frère : Sans conteste, l’accident de 1955 ! Cette année-là, je courais sur une Aston Martin DB3S avec Peter Collins. Mais, c’est sur la Mercedes avec laquelle Pierre Levegh a été impliquée dans l’effroyable catastrophe que j’aurais dû disputer l’épreuve. Le sort en a voulu autrement. En fait, tout s’est joué en octobre 1954 : n’ayant plus de volant, j’ai re-signé avec Aston Martin. Quinze jours, plus tard, on me proposait de partager le volant avec Pierre : j’ai dit non !
Le Mans Racing : « Mea Culpa » et l’année 56 : ça vous dit quelque chose ?
Paul Frère : Vous faites allusion à un article. Au Mans, cette année-là, j’ai cassé ma voiture, une Jaguar D. C’était dans le premier tour. Je me suis fait surprendre par la faible adhérence de la piste humide et je suis allé toucher les fascines dans les “S” du Tertre Rouge. J’ai aussi envoyé deux voitures au tapis : la Jaguar de Fairman-Wharton et la Ferrari de de Portago-Hamilton... Mea Culpa, c’est le titre de l’article que j’avais écrit, après course, pour le compte du journal “L’Equipe”.
Le Mans Racing : Avez-vous une anecdote de course à nous raconter ?
Paul Frère : Une parmi d’autres... C’était en 1957 ou 1958, aux 12 heures de Reims. Je faisais équipe avec mon ami Olivier Gendebien sur une Ferrari. En pleine ligne droite, lancé à plus de 260 km/h, mon pare-brise avant est devenu soudainement opaque ! N’y voyant plus rien, j’ai été obligé de le casser d’un coup de poing tout en conduisant. Je me souviens, il y avait un brouillard terrible et il ne restait plus qu’une heure trente de course. Arrivé à mon stand, les mécanos, pour parer au plus vite et éviter que le vent ne s’engouffre dans l’habitacle, ont décidé d’enlever la lunette arrière. Je suis reparti et, croyez-le bien, avec Olivier, nous avons gagné !
Le Mans Racing : La voiture de course qui vous a offert le plus de plaisir ?
Paul Frère : Là, pas d’hésitation ! Excusez-moi mais c’est une monoplace. En l’occurence, la Lancia Ferrari F1 au Grand-Prix de Spa en 1956. Le compromis idéal, moteur-direction-performance-fiabilité qui m’a permis de terminer deuxième. C’était d’ailleurs la première fois, qu’un Belge accédait à un podium en Formule 1 !
Le Mans Racing : Quel regard portez-vous, aujourd’hui, sur les sports mécaniques et plus particulièrement sur les courses d’endurance ?
Paul Frère : Je suis un passionné d’endurance. Un inconditionnel. Je regrette, toutefois, que le règlement actuel, appliqué au Mans ou sur d’autres épreuves, admette des voitures aussi éloignées des modèles de série. Je reconnais que 24 heures pour des voitures de tourisme, bridées par le règlement, n’est pas particulièrement passionnant à suivre... À mon avis, les courses de 24 heures devraient être réservées exclusivement à la catégorie GT.
Le Mans Racing : Est-ce que, selon vous, les courses d’endurance sont encore aujourd’hui un formidable banc d’essai pour les marques ?
Paul Frère : Pas suffisamment à mon sens. Car aujourd’hui, les voitures alignées sont trop éloignées des modèles de série. Maintenant, il est quasiment impossible, pour un constructeur, de retirer des enseignements concrets d’une épreuve. Mais, ce n’est pas valable qu’en proto. Il en est de même en Formule 1.Qu’on ait des voitures qui ne soient pas dérivées de la série, d’accord mais il faudrait, à mon sens, qu’il y ait des règles beaucoup plus draconiennes pour que les voitures alignées viennent, à terme, en production. Le Mans Racing : Concrètement, quelle voiture aimeriez-vous voir sur un circuit ?
Paul Frère : Sans m’arrêter sur un modèle précis. Même si, pour moi, la référence reste les années 50, je citerai les Jaguar C et D et les superbes Ferrari P4. En revanche, ce que je n’aime pas : les ailerons gigantesques, les carrosseries de 4,80 m de longueur pour une deux-places, les voitures de 2 m de large avec une garde au sol qui les rend incapables de rouler sur une route.
Le Mans Racing : Le circuit du Mans a beaucoup évolué au fil des années. Nouvelle configuration, nouvelles structures ; qu’est-ce que cela vous inspire ?
Paul Frère : Que du bien ! Le Mans a su évoluer avec son temps. Certes, aujourd’hui, les pilotes, les voitures, le circuit sont moins accessibles... Mais cela reste un formidable outil de travail et de spectacle. Néanmoins, je regrette que certains concurrents travaillent, lors des essais ou la veille de la course, avec les volets fermés. Sans vouloir accéder, pour autant au stand, il me semble que le public a le droit de pouvoir tout partager. La course lui appartient...

Article paru dans le numéro 4 de Le Mans Racing

 
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