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Daniel Perdrix

"Aucun constructeur ne nous imposera sa loi"

Responsable Technique Sport à l’ACO, Daniel Perdrix est l’un des auteurs du nouveau règlement 2002 des 24 Heures du Mans. Travaillant dans le secret, peu habitué à se livrer, il n’élude pas cette fois-ci les questions et nous éclaire sur son rôle, certes discret, mais tellement important pour l’avenir des “24 Heures”.

Le Mans Racing : Comment élabore-t-on le règlement technique de la course la plus célèbre du monde ?
Daniel Perdrix : Un règlement, c’est d’abord la résultante de nombreuses discussions entre concurrents, constructeurs et nous même. Certes, nous avons une ligne directrice qui nous guide dans nos choix et nos options, mais nous restons, quoiqu’il en soit, ouverts au dialogue. Sachant que chaque concurrent peut avoir des problèmes spécifiques ou certaines particularités. A l’inverse de la formule 1, nous entendons cultiver au Mans la diversité. Faire concourir des Prototypes avec des GT, des GTS. Pour nous, il est essentiel que les ingénieurs puissent exprimer leur créativité sur cette plus belle course du monde. Il est également intéressant que les constructeurs puissent utiliser de nouvelles technologies comme l’injection directe, par exemple...
Le Mans Racing : Comment s’organise votre emploi du temps ?
Daniel Perdrix : Il est sans cesse à géométrie variable en fonction des compétitions et des explications à fournir aux uns et aux autres. Cela dit, après la publication du règlement, une bonne partie de mon travail va se porter vers les concurrents : répondre à leurs questions, traduire des points spécifiques de la réglementation. En d’autres termes, je suis dans une phase de traduction pour 2002 avec la validation des voitures ou encore pour les projets qui apparaîtront dans les années à venir. En règle générale, je vois chaque voiture deux fois : au moment du développement et à sa sortie de l’atelier. Sachant qu’entre temps, je reste en contact permanent avec le constructeur. Souvent via le net.
Le Mans Racing : En coupant, parfois, l’herbe sous le pied à certains concurrents, gardez-vous quand même de bonnes relations avec eux ?
Daniel Perdrix : Pour assurer la pérennité de l’épreuve et surtout sa philosophie, il est capital de faire des choix, à un moment ou à un autre. Et donc de les imposer. Dans ce rôle d’arbitre, nous ne pouvons évidemment pas satisfaire tout le monde. Mais quand un concurrent se lance dans un projet, souvent sur trois ans, il le fait en fonction de critères strictement définis. En ayant également la capacité d’anticiper sur l’évolution du règlement car, constamment, nous entretenons le dialogue avec lui. Nous sommes là pour expliquer, pour traduire, voire parfois pour trouver ensemble une solution. Maintenant, si cette dernière n’est pas possible au regard des règles édictées, et si d’aventure, le concurrent ne veut pas se plier à nos recommandations, il est plus sage qu’il aille voir ailleurs. Il est clair : aucun constructeur ne nous imposera sa loi.
Le Mans Racing : Quelles relations entretenez-vous avec des ingénieurs à forte créativité, comme André De Cortanze, par exemple ?
Daniel Perdrix : Il est très agréable de travailler avec ce genre de personnes. Même si, parfois, nos conversations sont très animées. N’oublions pas que nous sommes tous des passionnés. Maintenant, il est aussi évident que nous devons parfois canaliser ces ingénieurs. Mais seulement après les avoir écoutés, car ils ont tous des expériences et des idées qui peuvent nous apporter beaucoup pour le devenir des 24 Heures du Mans. Dans les limites, bien évidemment, du cadre que nous nous sommes fixés.
Le Mans Racing : Vous travaillez en relation étroite avec un comité des sages. Que représente-t-il et qui le compose, aujourd’hui ?
Daniel Perdrix : Il n’est pas toujours évident d’édicter un règlement. Et certains choix peuvent être lourds de conséquence... Il est donc important de s’entourer d’avis, de conseils, d’expériences de personnes proches de la compétition automobile. De là est né en 1999 l’IAB (International Advisory Board). Il s’agit d’un comité consultatif, composé d’experts et de managers sportifs, dont l’objectif premier est d’apporter des éléments de réflexion sur le devenir des 24 Heures du Mans, des épreuves courues sous le label Le Mans ainsi que la place de l’Endurance dans les sports mécaniques.
Le Mans Racing : Quel regard portez-vous sur le règlement 2002 ?
Daniel Perdrix : Cette année, nous avons essentiellement travaillé sur l’éligibilité des voitures. Mais d’un autre côté, nous avons, je pense, édicté un règlement beaucoup plus clair. Beaucoup plus lisible aussi pour les constructeurs... Avec une fois encore, des choses à faire et à ne pas faire.
Le Mans Racing : L’ombre de BMW n’a pas plané dans la salle quand vous avez dévoilé ce règlement 2002 ?
Daniel Perdrix : Il y a toujours une ombre BMW qui plane au-dessus de nos têtes. Cela dit, l’évolution des critères d’éligibilité n’est pas étrangère aux difficultés rencontrées avec la marque cette année. La catégorie GT est à la base une voiture de route, préparée et aménagée pour faire de la piste. Or, cette BMW M3, pour la citer, est avant tout une voiture de course que l’on essaye péniblement d’homologuer pour en faire le véhicule de monsieur tout le monde ! Il revient à la firme de savoir ce qu’elle va faire de son bolide : le commercialiser ou le laisser en l’état et donc se mettre hors règlement avec en bout de piste des pénalités.
Le Mans Racing : Quel devenir pour le proto au Mans ?
Daniel Perdrix : A la demande des constructeurs, nous nous sommes rapprochés de la FIA pour essayer de définir un nouveau règlement à paraître en juin prochain. Avec, en bout de piste, pour 2004, de nouvelles voitures. En attendant d’en savoir plus, nous avons émis les vœux de conserver les protos ouverts et fermés et qu’ils puissent être aussi compétitifs les uns que les autres. Nous voudrions également qu’un maximum de carrosserie soit conservé sur ces voitures.
Le Mans Racing : Alors, quelles peuvent-être les évolutions possibles du règlement ?
Daniel Perdrix : En attendant la nouvelle réglementation pour les prototypes, on peut parler des GTS. A l’instar de Saleen, beaucoup de petits constructeurs se sont lancés dans ce produit et emploient, notamment, des technologies nouvelles. Des voitures haut de gamme sont apparues sur le marché. Certes en nombre limité, mais elles restent intéressantes pour Le Mans et les American Le Mans Series. Si nous voulons les voir, un jour en piste, il est nécessaire de faire évoluer le règlement. Sans doute pour 2003. Toutefois, nous devrons faire attention à ce que ces voitures ne fassent pas monter le niveau de performance que l’on a actuellement en GTS.
Le Mans Racing : Pour gagner au Mans, quelle est selon vous la voiture idéale ?
Daniel Perdrix : Nous essayons de faire en sorte que toutes les voitures soient au même niveau. Y parvenons-nous ? Je ne sais pas ! Cela dit, je suis quand même assez satisfait du résultat quand j’entends des constructeurs, qui ont pourtant d’autres moyens de calculs et de simulations que les nôtres, avouer leur échec dans la quête de la voiture idéale pour gagner Le Mans. Nous ne sommes pas si mal que cela dans les équivalences.
Le Mans Racing : Qu’est-ce qui vous intéresse dans une course comme les 24 Heures du Mans ?
Daniel Perdrix : J’aime les technologies nouvelles. Et pour cela, Le Mans est un formidable banc d’essai pour toutes les évolutions. J’aime aussi la variété des voitures, l’évolution apportée de leurs formes aérodynamiques, mais également leur provenance : grandes firmes internationales et petits constructeurs... Chacun a sa chance et chaque année, il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui me séduit, qui m’étonne. l

Article paru dans le numéro 5 de Le Mans Racing

 
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