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 Le Mans Racing : Yves
Courage, la course automobile a commencée comment ?
Yves Courage : C’est clair, déjà
tout jeune je voulais devenir pilote. A quinze ans et demi, j’ai débarqué à
l’Ecole Winfield de Magny-Cours pour profiter des conseils d’un moniteur
alors réputé, un certain Henry Morrogh. Au volant d’une Lotus Junior, j’ai
fait mes premières armes. Epreuves de qualification de la Coupe R8
Gordini, puis pilotage d’une Formule Renault : j’ai découvert, comme j’ai
pu, la piste. Mais je n’avais pas d’argent. Alors, je me suis replié comme
beaucoup, à 17 ans, vers la course de côte.
Le Mans Racing : Et ça a
marché ?
Yves Courage : Je peux dire
que oui. Entre 1973 et 1980, au volant d’une Formule 2, j’ai disputé pas
mal d’épreuves et j’en ai remporté aussi pas mal (NDLR : 83 victoires
exactement) dont la plus prestigieuse : la fameuse Course de Côte du
Mont-Dore.
Le Mans Racing : Vous avez
également découvert la piste ?
Yves Courage : Oui, aussi
parallèlement puisqu’en 1977 j’ai participé aux « 24 Heures du Mans »
sur une Porsche Carrera. Engagé sur cette voiture avec
Laplacette-Segolen, nous avons abandonné vers la 15e heure sur bris de
cardan. En 1978, toujours avec Laplacette, associés cette fois à
Salamin-Vial, j’ai remis cela. Nous nous sommes alignés au volant
d’une Porsche 930 3,3 litres. Pas de chance pour nous, nous avons
encore abandonné à 2 h 30 du matin suite à un tête-à-queue, pneu droit
éclaté, en panne sur le circuit. J’ai remis encore cela l’année suivante en
1980, cette fois-ci au volant d’une Chevron B36 avec Jean-Philippe Grand.
La guigne totale avec un nouveau tête-à-queue puis un accrochage avec
la Porsche 935 de Sherwin pour un abandon après 40 minutes de course
!
Le Mans Racing : 1981, la
satisfaction ?...
Yves Courage : Oui, puisque
toujours avec Jean-Philippe Grand comme co-équipier, cette fois-ci sur
une Lola T 298, nous avons réussi à terminer la course malgré un
problème de pompe à eau. Qui plus est : nous sommes arrivés 18e au
général, 4e du Groupe VI et 1ers de la Classe 2 litres !
Le Mans Racing : Après Yves
Courage est devenu constructeur...
Yves Courage : Oui, mais pas
par hasard ! J’ai eu la chance alors de rencontrer Marcel Hubert ! Marcel,
en cette année 1981, c’est l’ingénieur aérodynamicien au talent
incroyable, père des Alpine-Renault qui se sont distinguées sur le tracé
manceau. C’est le concepteur de l’exceptionnelle A 442-B gagnante de
1978. Marcel pour moi, c’est aussi cet homme avec sa foi extraordinaire
qui m’a convaincu que nous pouvions, ensemble, construire une voiture
et... courir au Mans ! Je dois le dire : sans Marcel Hubert, « Courage
Compétition » n’aurait jamais existé !
Le Mans Racing : Première
apparition de votre voiture au Mans ?
Yves Courage : Ce fut donc en
1982. Nous étions au début du “Groupe C”. Notre voiture était alors une
Cougar motorisée par un Ford 3,3 litres. Nous étions fiers de présenter
notre propre auto pour la première fois au pesage des « 24 Heures » !
C’était une sacrée performance pour la petite équipe que nous étions.
Autour de Marcel Hubert, se trouvaient déjà Alain Touchais et
Jean-Claude Rose (deux autres anciens de Renault-Sport). Au départ de
la course nous étions trois, avec Jean-Philippe Grand et Michel Dubois, à
en partager le volant. Le baptême du feu a été difficile avec un abandon
sur casse transmission avant 5 heures du matin.
Le Mans Racing : L’aventure
était lancée !...
Yves Courage : Oui, et pas
terminée !... Depuis, pour moi les « 24 Heures » sont devenues toute ma
vie. Et un choix que je n’ai jamais regretté. Mais cette histoire n’est pas
que la mienne. C’est avant tout une histoire d’hommes. Il ne faut pas
oublier des gars comme Jacques Petitjean (NDLR : Directeur de la
Communica-tion de Primagaz) ou encore Claude Roux (NDLR : Directeur
de l’entreprise de visserie Simmonds à Saint-Cosme en Vairais dans
notre département de la Sarthe). Sans ces hommes-là « Courage
Compétition » n’aurait jamais pu franchir tous les obstacles que nous
avons rencontrés. A l’image de Daniel Rivard qui nous a rejoint il y a peu
et qui va apporter toute sa foi et sa compétence pour que nous puissions
encore développer de nouveaux projets.
Le Mans Racing : Et l’édition
des « 24 Heures » qui vous a le plus marqué depuis ces 20 ans ?
Yves Courage : C’est 1995 !
(long silence). Tout d’abord parce que cela avait plutôt mal commencé.
Dès le début de course, Mario Andretti avait dû revenir au stand pour
effectuer une réparation qui nous avait déjà coûté la bagatelle de 30
minutes. Changement de décor ensuite : puisque, quasiment
vingt-quatre heures plus tard, nous étions en train de jouer la... gagne
face à une McLaren dans une course incroyablement dure, courue sous
la pluie ! Et le final en devenait insensé. La foule hurlait « Allez ! Allez ! » à
chaque passage de la Courage. Bob, au volant, porté par la foule n’y
comprenait plus rien. « J’ai gagné ou j’ai pas gagné ? » me criait-il dans
le casque-radio, à chaque fois. Et, à chaque fois la foule y allait encore de
plus belle !
Le Mans Racing : Vous êtes
passé de peu à côté !...
Yves Courage : (Long soupir).
Comme vous dites ! C’est fou, car c’était vraiment l’année où l’on devait
gagner ! Mario, en cette année 1995 nous avait apporté toute son aura, tel
le monstre de légende qu’il était. Egalement il avait amené dans ses
bagages l’appui très officiel de Porsche. Or, cette année 1995 aura,
finalement, été un grand cauchemar. La victoire nous a filé in-extremis
entre les doigts. Dommage, car un succès de notre modèle C34 aurait en
effet magnifiquement bouclé tout un chapitre de notre histoire.
Le Mans Racing : Et l’édition
des « 24 Heures » que vous tenez absolument à oublier ?
Yves Courage : Sans conteste
1988 ! Cette année-là Ukyo Katayama dès 20 h 00 nous détruisit
complètement la voiture dans le « virage du karting » à Maison Blanche.
Comble de malheur le seul ensemble récupérable sur l’auto (une roue
avec son porte-moyeu) nous a été volé par des spectateurs ! Et, comme
si la guigne ne suffisait pas, vers 22 h 50 l’équipe - sans doute stressée
sous le coup de notre premier abandon - fît une mauvaise manœuvre au
moment du « refuelling » lors d’un arrêt au stand. Le banal ravitaillement
s’est transformé pour toute l’équipe en tragédie. Des gouttes de
carburant sont tombées sur le turbo surchauffé et sous le capot tout s’est
enflammé ! En si peu de temps ce fût pour nous la Bérézina totale !
Le Mans Racing : La dernière
édition où l’on a vu une Courage alignée par votre propre team ?
Yves Courage : C’était en 1999.
Notre équipe « Courage Compétition » alignait un châssis C52. Cette
année-là Henri Pescarolo inaugurait sa propre structure en engageant un
modèle C51. Sur notre Courage-Nissan, Caffi-Montermini-Schiattarella
terminèrent à une honorable 6e place. Cependant les accords avec
Nissan cessèrent là ! Ce fût une énorme déchirure car avec Paolo
Catone, Jean-Claude Rose et Alain Touchais, nous avions conçu un
châssis spécial pour recevoir le moteur Nissan. Nous y avions mis toute
notre expérience, nos idées, notre savoir-faire ! Ne pas pouvoir la faire
courir nous-mêmes nous a fendu le cœur.
Le Mans Racing : « Pesca » et
Philippe Gache sont arrivés au bon moment !...
Yves Courage : On peut le dire.
Fort heureusement, Henri Pescarolo et Philippe Gache ont été intéressés
pour l’aligner en course. Sans eux, nous n’aurions pas pu franchir le cap.
Et puis, comble de bonheur il y a eu la 4e place décrochée au Mans en
cette année 2000 par l’équipe d’Henri, juste derrière les trois Audi ! Voilà
qui nous a remis du baume au cœur. Voilà surtout qui démontrait le bien
fondé de nos études et prouvait que cette dernière Courage C60 avait le
véritable potentiel pour gagner des courses.
Le Mans Racing : 2002, c’est le
grand retour en piste ?...
Yves Courage : (avec une
longue inspiration) Oui ! Et, cela n’est pas dû au hasard. Les raisons en
sont multiples. En premier lieu, Henri Pescarolo n’avait pas une
assurance de travail courant sur plusieurs années. En second lieu, nous
nous sommes aperçus qu’il nous était difficile d’avoir un « feed-back »
technique pertinent dans la connaissance de notre voiture si nous ne
l’alignions pas nous-mêmes en compétition. La troisième raison est
d’ordre humain. Nous avons réalisé que toute la synergie vécue au sein
de « Courage Compétition » n’existait que parce que notre équipe était
sublimée par une véritable participation à la course. Notamment
lorsqu’elle relevait, elle-même, cet incroyable challenge du Mans ! Enfin,
nous arrivions, en cette année 2002, à ce chiffre magique, un
anniversaire que nous devions fêter par notre retour : 20 ans que nous
existons ! Voilà pourquoi nous avons dit « Banco ».
Le Mans Racing : Et Daniel
Rivard dans tout ça ?
Yves Courage : La rencontre
avec Daniel participe, également, pleinement à ce choix de recourir à
nouveau. Ce dernier est entré dans notre capital comme actionnaire. Il
amène sa compétence en matière de recherche en sponsoring.
Ensemble, nous avons décidé d’un projet sur trois ans pour trouver un
constructeur partenaire afin de donner à l’entreprise sa vitesse de
croisière. En parallèle, nous allons développer un projet industriel, celui
de construire des barquettes type LMP 675 pour les faire piloter par des
VIP ou des Clubs d’Entreprises. Cela semble curieux, mais nous avons
déjà une demande en ce sens-là. Enfin, nous allons développer une
activité toute spéciale d’engineering de niche en partenariat avec
Dassault. Mais là, je ne peux pas vous en dire plus.
Le Mans Racing : Revenons à
la course, quels sont vos objectifs ?
Yves Courage : Notre objectif
principal c’est Le Mans. C’est de réussir à y aligner une voiture fiable le
plus proche possible d’Audi. Il y a du travail, mais déjà notre staff
technique est en place. Paolo Catone reste le responsable des études et
du projet de notre nouvelle voiture. Franck Giffard a en charge sa
fabrication. Tout nouvellement recruté, Denis Morin, ancien pilote et
ex-responsable de la compétition chez Venturi, dirigera son exploitation
en piste. En tout et pour tout, dix-huit personnes composent aujourd’hui
notre équipe.
Le Mans Racing : Vous
alignerez combien de voitures ?
Yves Courage : Nous avons
prévu deux voitures pour Le Mans avec des châssis C60 « Evolution ».
Nous avons déjà effectué pas mal d’essais en soufflerie chez Sardou à
Lagny. Nos voitures seront motorisées par le Judd V8 4 litres. Celui-là
même qui vient de l’emporter dans un châssis Dallara-Oreca à Daytona.
Certes, Daytona n’est pas Le Mans. Mais rassurez-vous, moi je sais très
bien les modifications qui ont été faites par Judd afin de rendre compétitif
et fiabiliser ce moteur !...
Le Mans Racing : Avec quels
pilotes ?
Yves Courage : Nos pilotes ne
sont pas encore désignés. Mais nous aurons aux côtés de Didier Cottaz
et de Boris Derichebourg de très belles pointures. Nous sommes
actuellement en train de discuter avec plusieurs d’entre eux.
Le Mans Racing : Comment
allez-vous préparer « Le Mans » ?
Yves Courage : Après nos
essais à Magny-Cours les 12 et 13 février puis à Barcelone les 3 et 4
mars, nous roulerons sur le Bugatti. Pour être plus proche de la réalité et
de la vitesse atteinte sur le grand tracé du Mans, nous irons effectuer des
tests sur une piste très rapide. Probablement à Monza. Pour couronner le
tout nous réaliserons un test de 24 heures - grandeur nature - soit à
Magny-Cours, soit au Castellet.
Le Mans Racing : Pas de
courses véritables en dehors du Mans ?
Yves Courage : Si. Nous
serons présents en Sport-FIA à Barcelone le 7 avril et au moins à Atlanta,
le 13 octobre en ALMS, pour « Petit Le Mans ».
Le Mans Racing : Tendu, Yves,
à l’idée de revenir en piste ?
Yves Courage : Pas du tout !
Jamais comme maintenant, je n’ai été aussi serein. l
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